Si FO n'existait pas...
Par Michel Pesnel, Secrétaire général adjoint
« À quoi sert Force Ouvrière ? » Cette fausse question, condescendante et pleine d'arrière-pensées, fait souvent retour. Posée de façon polémique, elle contient la réponse en creux... Bien sûr, ces médecins douteux, que nous n'avons pas consultés, n'osent insinuer que FO, ne faisant pas grand-chose, n'apporte rien dans le paysage social. Il est difficile de nier présence et dynamisme. Non, c'est plus subtil. Il s'agit en réalité de dénier à FO son droit d'exister, de la retirer du jeu en tant qu'outil rendu inutile par la chute du mur de Berlin... Le sophisme consiste à prétendre que, le communisme réduit en France à une fonction de témoignage, son antidote syndical, né en 1947-1948, devrait être rangé au magasin des accessoires.Ce n'est pas le moindre des mérites de ce petit livre, édité par l'« information citoyenne », que de réfuter ce raisonnement vicié. Réfutation par l'Histoire, les valeurs, les faits.
L'Histoire montre que, si le sigle FO apparaît au milieu des années quarante et symbolise le résultat d'une scission, ses acteurs et ses idées ne sont pas nés d'une génération spontanée ou d'un parachutage de Washington. Le réformisme, dont FO se réclame toujours, vient de loin. Il constitue un des volets de la charte d'Amiens ; il est le fil conducteur qui mène la « politique de présence » de Jouhaux et son planisme. Il élabore les avancées de 1936. Les « confédérés » d'après 1921 faisaient du FO avant FO et ils en furent les créateurs. La Deuxième guerre mondiale révèle que le syndicalisme, ça sert aussi à faire de la résistance. À la Libération, notre mouvement de pensée tint toute sa place, aussi bien dans la conception du programme du CNR que dans sa réalisation. Ensuite, malgré les difficultés matérielles et la rudesse des rapports syndicaux d'alors, la « force syndicale » œuvra pour imposer les conventions collectives, bâtit l'assurance chômage, bref fut un élément clé des Trente glorieuses sociales. Ceux qui daubent sur la « politique du stylo » oublient que le bâton préludait souvent aux dénouements contractuels : grèves de 1946, de 1949, de 1953 (encore des postiers !), des mineurs en 1963 (« pas de sous, pas de charbon »).
Négocier, soit dit en passant, c'est aussi savoir donner un dernier coup de rein, comme le fit FO en 1968 lors des négociations de Grenelle : « Il faut rappeler le rôle important de FO qui, alors que la CGT s'était mise d'accord avec J. Chirac pour porter le salaire horaire minimum à 2,70 F, obtenait du patronat qu'on le fixe à 3 francs... »
Les valeurs, elles, rayonnent à partir d'un seul axe : l'indépendance. Celle-ci commande l'attitude face à la sphère politique, patronale, sociétale. Dès lors, il n'est pas étonnant que la laïcité soit chère à FO ; il n'est pas étonnant que la liberté de contracter soit l'outil privilégié de la méthode réformiste. Mais attention « nous ne sommes pas réformistes à n'importe quel prix. Quand il faut se battre, on se bat [...] renier le réformisme, c'est se politiser, renier la contestation, c'est l'anesthésier. » (J.-C. Mailly)
Les faits, enfin, renvoient aux événements des dernières années, trop frais pour fixer le jugement de l'Histoire. Les militants de FO peuvent regarder sans rougir ce « rapport d'activité » d'un vécu proche. Dans la montée du péril libéral, FO a tenu sa place de résistance constructive. Le livre revient sur des épisodes marquants, tels le plan Juppé, les 35 heures, la contre-réforme des retraites, le CPE et le CNE, l'accord sur le marché du travail, la « position commune » et la loi du 20 août 2008. Mais au fait, si FO n'existait pas, ce livre n'aurait pu être écrit...
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